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L’énigme Doug Wickenheiser


Daniel Vanier - Fanadiens.com

Le Canadien a effectué plusieurs mauvais choix de repêchage au cours de son histoire. Bien entendu, les erreurs au repêchage ne sont pas seulement le lot du Canadien de Montréal. Comme les fans du Tricolore sont passionnés, ils remarquent plus les erreurs qu’ailleurs dans la LNH. Souvent aussi, ils pardonnent moins facilement. Parmi les erreurs impardonnées, le nom qui revient le plus souvent est Doug Wickenheiser.

Mon collègue Olivier Therrien, a écrit aujourd’hui un texte très intéressant sur les 5 pires « flops » parmi les choix de repêchages du CH depuis 1995. Vous pouvez lire son texte ici:

Top 5: Pires choix au repêchage du Canadien

Une carrière junior phénoménale:

Pour défendre un peu le choix de Wickenheiser, plusieurs équipes auraient fait cette sélection. Wickenheiser était censé être une super-vedette et venait de connaître une saison de 170 points en 71 parties avec les Pats de Regina, en 1979-80. Cela lui a valu le titre du meilleur joueur de l’année dans la ligue de hockey de l’Ouest. Préalablement, il avait connu des saisons de 88 et 94 points en 68 parties. Il possédait aussi un bon gabarit avec ses 6 pieds un pouce et 196 livres. Cependant, dans la propre cour du CH, avec le Junior de Montréal, il y avait un petit joueur de centre qui avait fait encore mieux avec des saisons de 116, 158 et 181 points : Denis Savard.

Un repêchage mémorable


Le repêchage de 1980 était très riche en talent! Outre Doug Wickenheiser et Denis Savard, il y a eu plusieurs autres grands noms de la LNH qui ont été repêchés cette année-là : Dave Babych, Paul Coffey, Larry Murphy, Barry Pederson ainsi que d’autres joueurs qui ont connu une belle carrière, mais qui sont moins connus, comme Mike Bullard avec ses 674 points en 727 matchs dans la LNH. En 4ème ronde, les Kings réalisaient le vol du repêchage, en sélectionnant Bernie Nicholls. Le joueur de centre a accumulé 1209 points en 1127 matchs, dont une saison de 150 points en 1988-89!

À cette époque, comme il y avait seulement 21 équipes, il y avait 10 rondes de repêchage, au lieu de 7 rondes comme aujourd’hui. En plus de Wickenheiser, le Canadien avait ajouté à ses rangs Ric Nattress(D) et John Chabot(C) en 2eme ronde, John Newberry(avant) et Craig Ludwig(D) en 3eme ronde. Jeff Teal(avant) 4eme ronde. Rémi Gagné (avant) en 5eme ronde. Le moustachu Mike McPhee fut ajouté en 6eme ronde.
Puis, Bill Norton(avant), Steve Penney(G), John Schmidt(D) et Scott Robinson(G) furent ajoutés dans les 4 dernières rondes.

Le Canadien s’était totalement fourvoyé avec son premier choix, mais les sélections de Chabot, Ludwig, Mcphee et Penney n’étaient pas du tout mauvaises.

Un bon coup de Sam Pollock gâché

Comment le Canadien de Montréal pouvait-il avoir le premier choix au total en 1980? Après tout le Tricolore avait eu une bonne saison précédemment avec une fiche de 47-20-13 pour un total de 107 point !

En fait, il s’agit d’un autre coup de maître de Sam Pollock! Pour bien comprendre, il faut reculer en septembre 1976. Sam Pollock échangea deux joueurs évoluant dans l’AHL, Sean Shanahan et Ron Andruff aux Rockies du Colorado pour une somme d’argent. Dans l’échange, le fin renard qu’était Pollock, ajoute une option qui permettait d’échanger les choix de première ronde des deux équipes lors du repêchage de 1980. Rusé comme pas un, Sam Pollock savait bien que les Rockies du Colorado risquaient de ne pas surpasser le Canadien et exerça l’option. Comme prévu, les Rockies du Colorado ne s’améliorent pas avec les deux joueurs qu’ils ont reçus, mais connurent en plus une saison 1979-80 atroce. Ils terminèrent bons derniers au classement.

Cette transaction rappelle celle qui avait permis au CH de sélectionner Guy Lafleur en 1971. Avec la sélection de Doug Wickenheiser, Irving Grundman, le DG du Canadien en 1980, est venu tout gâcher.

Denis Savard aurait pu être un Nordique!


Autre fait cocasse, les Nordiques auraient aussi pu mettre la main sur Denis Savard! En effet, la troisième sélection qui servit aux Blackhawks à repêcher Denis Savard fut obtenu des Nordiques dans une transaction. En 1979, l’Association Mondiale de Hockey fut dissoute et 4 équipes rejoignaient la LNH. Réal Cloutier avait été repêché en 1976 par les Blackhawks, mais prit plutôt le chemin de l’AMH afin d’évoluer avec les Nordiques. Lors de l’entrée des quatre équipes survivantes de l’AMH dans la LNH, les équipes de la LNH réclamèrent les droits des joueurs ayant été repêché. Afin de garder Réal Cloutier à Québec, les Nordiques cédèrent aux Hawks leur choix de première ronde de 1980, ce qui allait devenir Denis Savard! Imaginez un instant de voir Michel Goulet et Denis Savard sur le même duo! Oufff! Réal Cloutier fut très bon aussi avec plus d’un point par match dans la LNH (344 points en 317 parties), mais Denis Savard était tout un fabricant de jeux et le résultat aurait donc pu être encore plus spectaculaire!

Que s’est-il passé avec Wickenheiser?

Wickenheiser ne semble pas le plus heureux sur cette photo. Il est facile de croire que ce fut le cas pour lui à Montréal. Il fut probablement le joueur le plus impopulaire de l’histoire du CH, avant même qu’il puisse donner un coup de patin dans la LNH. Dès son arrivée avec le Canadien, Doug Wickenheiser avait à prouver qu’on avait bien fait de le sélectionner avant un joueur natif de Montréal. Et malheureusement pour lui, jamais il ne put être de taille. Denis Savard était aussi explosif que spectaculaire. Il souleva la foule de Chicago avec une première saison de 75 points établissant, à l’époque, un record pour une recrue des Blackhawks. Cette superbe première saison fut suivie de deux saisons de 119 et 121 points. Cela contribuait à faire rager les fans du Canadien et mettre encore plus de pression sur le pauvre Doug Wickenheiser.

Après 3 saisons, Wickenheiser avait accumulé 15, 35 et 55 points, ce qui n’était pas si mal mais loin des  chiffres de Denis Savard. La direction du Canadien perdit patience et en décembre 1983, elle échangea Wickenheiser en compagnie du défenseur Gilbert Delorme et de l’ailier droit Greg Paslawski aux Blues de St-Louis, en retour de l’ailier gauche Perry Turnbull, qui venait de connaître 3 saisons de plus de 30 buts avec l’équipe du Missouri. Malheureusement, Turnbull ne répéta plus jamais cet exploit, ni avec le CH, ni ailleurs.

Wickenheiser connut quelques bonnes saisons avec les Blues de St-Louis où, sans jamais être la vedette tant attendue à Montréal, il devint un des joueurs préféré de la foule. Il eut un rôle proéminent lors de la demi-finale de 1986 alors qu’il aida les Blues à remonter un déficit lors du sixième match face aux Flames de Calgary afin de forcer la tenue d’un septième match que les Blues perdirent. Ce match est connu par les fans des Blues comme étant le « Monday Night Miracle ».

Wickenheiser évolua jusqu’en 1989-90 dans la NHL, évoluant 4 saisons avec Blues, avant d’être échangé aux Canucks de Vancouver.Il fit aussi un court passage par la suite avec les Rangers de New York et les Capitals de Washington. Après la LNH, Il joua quelques saisons en Europe et dans la IHL avant de se retirer pour de bon en 1994.

Une bien triste histoire

L’histoire de Doug Wickenheiser est donc bien triste. Sa vie aurait sûrement été plus facile s’il fut sélectionné au 2ème ou au 3ème rang en 1980. Comme s’il n’avait pas connu déjà assez de difficultés, sa vie prit un tournant encore plus tragique en 1997. L’ancienne vedette des Pats de Regina fut diagnostiqué d’un cancer incurable du poumon qui l’emporta deux ans plus tard, le 12 janvier 1999 à l’âge de 37 ans, ce qui est beaucoup trop jeune pour mourir.

Aurait-il connu une plus belle carrière en jouant ailleurs que Montréal avec moins de pression? Nous ne le saurons jamais et c’est pourquoi ce joueur à la triste histoire demeurera, pour toujours, une grande énigme.

Crédits photos: Yahoo, Twitter, The Oilers Rig, Vancouver Sun, Gunaxin Sports et  Affaires de Gars.
Source: La vie est une puck.

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